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Chronique 4, Bâtard n°8
La première rencontre avec Good Dogs se fait bien avant d'ouvrir le livre.
Ses quatre couvertures magistrales attirent immédiatement l'œil. Crinières violettes, rousses, blondes ou poivre et sel, cartonnées, souples et à rabat, elles se distinguent par quatre visuels différents, chacun prêtant ses traits au museau et à la race d'un chien. La difficulté réside donc dans le fait de faire un choix. Le quel emportera-t-on jusqu’à la maison ?
L'illustration, subtilement embossée et ciselée, crée une texture que l’on a envie de caresser. Le design oscille entre cartoon et smiley et donne à nos braves toutous une expression douce et minimaliste qui nous invite à la lecture.
D’un geste, on entre dans un univers aussi chaleureux qu’une caresse sur un museau.
Good Dogs est un véritable kaléidoscope d’interprétations artistiques, une exploration de l’animal qui a été, tout au long de l’histoire, à la fois compagnon fidèle, travailleur assidu et source d’inspiration infinie. À travers une diversité de styles, d’illustrations, de cultures et de techniques artistiques, ce livre réunit de magnifiques hommages visuels à ces chiens qui occupent une place centrale dans nos vies.
Chaque œuvre nous raconte une histoire différente allant de portraits réalistes en ’interprétations plus abstraites, chaque artiste avec sa propre sensibilité capte l’essence de l’animal et de la relation intime qu’il entretient avec l'homme.
Art digital, mine de plomb, gouache, pastels et crayons de couleur, on croise des noms d’artistes du monde entier et l’on partage avec eux les traits spontanés, les détails soignés, l’amour, la loyauté et parfois la malice qui caractérisent nos compagnons à quatre pattes.
Mais ce qui donne à Good Dogs son pouvoir d’attraction, ce n’est pas seulement la beauté de ses illustrations, c’est cette tendresse sous-jacente. Les artistes ne dessinent pas seulement des chiens, ils racontent des histoires, des souvenirs : Des promenades sous la pluie à la douceur d’un museau posé sur un genou.
L’élégance de la mise en page sublime encore cette œuvre collective dont les typographies choisies avec soin et les compositions aérées, laissent respirer chaque illustration, comme pour mieux laisser affleurer l’émotion qu’elle véhicule. On tourne les pages avec une lenteur presque cérémonielle, savourant chaque détail, chaque nuance. Good Dogs se dresse comme un hommage à l’affection que nous portons à nos cabots bien-aimés, à leur rôle dans nos vies et à l’histoire qu’ils ont laissé dans l’art à travers les siècles.
En refermant Good Dogs, on ne peut s’empêcher de repenser à ces moments partagés avec un chien. Ce livre nous rappelle que ces instants, si ordinaires soient-ils, sont précieux, et qu’ils méritent d’être célébrés sous toutes les formes et avec toutes les techniques.
Une chose est sûre, nos good dogs continueront de marquer les esprits, la grande histoire et de stimuler nos créativités pendant de nombreuses années.
Morgane Martin-Dumagny @soucoupe.lovante
Pour Bâtard, Editions Viction:ary
Chronique #3, Bâtard n°3
Chronique de Nous deux, mon chien de François Caradec
François Caradec est un peu l’enfant terrible des lettres françaises. Né en 1924, il a passé sa vie à jongler avec les mots et les formes littéraires, tout en trempant dans l’histoire de la bande-dessinée et de la littérature jeunesse.Tour à tour biographe, régent du Collège de Pataphysique et membre de l’Oulipo (groupe de recherche littéraire), il a inventé, détourné et bidouillé la langue française, nous offrant des textes farfelus où la poésie et l’absurde s’emmêlent joyeusement.
Et puis il y a ce livre, originellement paru en 1983, Nous deux, mon chien. Un titre simple, direct, qui dit tout. Parce qu’au fond, c’est de ça qu’il s’agit : une histoire réciproque d’amitié, de fidélité, de complicité entre un humain et son chien. Mais attention, pas n’importe quel chien ! Ramené du Togo par son fils, ce bâtard classé “Epagneul Saint-Sulpice” et nommé Boum à son arrivée, fût l’être le plus exceptionnel qu’il ait rencontré.
“ Tout le monde se flatte d’avoir eu le meilleur des chiens ou le meilleur des chats, comme nous avons tous le meilleur des dentistes et le meilleur boucher. Mais le chien fait-il souvent la même réflexion ? À moi, il me la fait. Il me suffit de lire son regard pour savoir ce qu’il pense de moi : je suis le seul.”
François Caradec ne nous livre pas ici un manuel sur la vie avec un animal de compagnie, loin de là. Il raconte plutôt, avec son style inimitable, ces petits moments qui font le sel d’une relation avec son chien. Les promenades interminables sous la pluie, les conversations silencieuses où tout se dit sans un mot, les petits rituels du quotidien ou encore la façon qu’a Boum de mimer le signe infini dans une danse circulaire, avant de faire sa crotte. Il y a de l’humour, bien sûr, de la tendresse aussi, et beaucoup d’amitié dans ces pages.
Boum est une part de lui-même, une extension de ses pensées, de ses doutes, et même de ses rêves. Un complice de l’ombre, discret mais essentiel, qui lui permet de porter un autre regard sur le monde et de le réinventer avec cette touche farfelue qui lui est propre.
Dans ce livre, Caradec nous embarque dans un voyage intime, drôle et un peu fou, où l’on découvre que l’amour pour un chien n’a pas besoin de grandes phrases ni de déclarations pompeuses. Il suffit de ces petits moments volés au quotidien, de ces regards échangés qui nous rendent nostalgiques et nous touchent au cœur.
C’est là toute la magie de Nous deux, mon chien : un hymne à la simplicité des liens, un hommage à l’amitié réciproque, pure et inconditionnelle.
Morgane Martin-Dumagny @Soucoupe.lovante
Pour Bâtard, Editions Arbre Vengeur
Chronique #2 pour Bâtard n°3
Cornelius, la vie pleine de joie du triste chien, de Marc Torices est l’histoire dessinée d’un chien mélancolique, naïf, lâche et sans doute profondément dépressif. Garçon d’entretien dans un centre sportif, sa vie bascule alors qu’il assiste à l’enlèvement de la nièce de son patron : Ici commence un polar haletant et tragi-comique.
Peu chanceux, de nature craintive et anxieuse, Cornelius est un parfait looser au profil de coupable idéal. Prisonnier de sa santé mentale bancale, de sa maladresse et de son quotidien morne, ce triste chien semble glisser malgré lui vers une spirale de malentendus.
Mais ce qui aurait pu n’être qu’un simple fait divers ou tout au mieux une enquête, devient sous la plume de Marc Torices, une vaste fresque narrative. L'œuvre emprunte de nombreux styles graphiques aux archives de la bande-dessinée indépendante et déploie le récit comme une anthologie, créant un hommage à l’histoire visuelle de la BD internationale.
Plus le récit avance, plus les styles graphiques se superposent. L'encre y est souvent plus dense tandis que la couleur côtoie parfois le noir et blanc. On y retrouve des pages abandonnant le gaufrier traditionnel de la bande-dessinée pour plonger dans des compositions plus libres, tantôt journalistiques ou presque abstraites, donnant l’impression de s’évader dans les pensées mêmes du protagoniste. Le comique s’immisce à travers des scènes plus cartoon, où l’absurde et le grotesque permettent d’alléger la gravité du propos car, derrière ce jeu de miroirs stylistiques, se cache une réflexion plus profonde sur l’identité, le destin, la santé mentale et l’absurdité du quotidien.
Cornelius est une œuvre à plusieurs voix aux tendances un peu frappadingue, à la fois drôle et mélancolique où le dessin se fait langage et où l’on navigue hasardeusement à travers les méandres de la vie de ce chien, comme au travers de la nôtre.
Le lecteur y est télescopé, comme son anti-héros, au cœur d’une aventure dont il ne maîtrise rien.
Par Morgane Martin-Dumagny @soucoupe.lovante
Pour Bâtard, Editions Actes Sud
Chronique #1 - Bâtard n°3
Portée par un amour profond pour les chiens, Ovidie nous transporte avec elle dans un saut de puces chronologique qui, de chapitre en chapitre, entremêle la grande Histoire canine et celle, plus personnelle, des compagnons qui ont jalonné sa vie.
Dans ce récit intimiste, féministe et animaliste, elle nous invite dans ses souvenirs et ses réflexions avec une certitude : s’il existe une corrélation entre humains et animaux, c’est bien entre femmes et chiens qu’elle se reconnaît, car de “chienne” à “sale chienne”, il n’y a que deux pattes.
“Le patriarcat repose sur une double domination, celle des femmes et des animaux en tant que propriété des hommes. (…) Ce système de domination les réduit à des corps voire à des parties du corps. Une paire de seins pour la femme, une entrecôte pour l’animal.”
En 1972, Dalida chantait “Pour ne pas vivre seule, on vit avec un chien…”, évoquant ainsi le lien profond qui unit l’humain et son fidèle compagnon. Un lien dans lequel le chien devient camarade de vie en nous protégeant, nous écoutant et en rythmant nos journées.
Ovidie, depuis l’enfance, “prend le chien”. Pour aller au village à vélo alors qu’elle n’a que 10 ans, juste au cas où. Un peu plus tard, vers 20 ans, pour l’accompagner sur des étapes de sa tournée d’ancienne star du X. Une fois devenue mère, elle retourne à la campagne avec sa fille… et son chien.
Marqueur temporel et émotionnel de la vie de l’autrice, le chien incarne un compagnon protecteur et fidèle, dont l’amour et la perte resteront gravés en elle à jamais. Il y eut Raziel, un bulldog anglais qui accompagnera l’autrice partout durant 11 ans. À sa mort, il laisse derrière lui un vide profond, teinté d’une question lancinante : qui sommes-nous pour donner la mort à un animal dénué de parole ?
À travers ces destins mêlés, elle défend le droit au deuil et rend hommage au courage de celles et ceux qui ont eu la force d’évoquer la perte de leurs animaux.
C’est ainsi qu’elle explore plusieurs destins, initiatives et luttes à l’image de Marguerite Durand, femme politique et féministe française, longtemps moquée pour son action en faveur de la création du cimetière des chiens d’Asnières. Elle y aborde les actions militantes des luttes animalistes, la représentation genrée des chiens sur grand écran et les sacrifices canins placés sous le signe de la politique mondiale, soulignant au passage que les femmes constituent 68 à 80 % des activistes engagées dans les luttes animales.
Ces réflexions mettent en lumière le tronc commun entre canicide et féminicide : l’extermination des êtres jugés plus vulnérables.
On quitte le récit avec émotion et force, convaincu que chiens et femmes sont destinés à s’aimer, se chérir et se protéger jusqu’à ce que la mort les sépare.
par Morgane Martin-Dumagny @Soucoupe.lovante
Pour Bâtard, Editions JC Lattès